Nouveau « concept de vitamine A5 » : un rôle potentiel dans la régulation des fonctions neurologiques et métaboliques
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Une revue, publiée dans Nutrients pendant l’été 2025, a analysé le nouveau « concept de vitamine A5 », dont les précurseurs proviennent de l’alimentation. Proposé comme une sous-catégorie dans la famille de la vitamine A, ce groupe de micronutriments jouerait un rôle dans le maintien de la santé neurologique et métabolique. La voie métabolique agirait via le récepteur nucléaire RXR, et pourrait fournir une explication mécanistique au lien observé entre un régime alimentaire occidental pauvre en fruits et légumes, en particulier les légumes-feuilles, et la forte prévalence de troubles neurologiques et mentaux.
Une voie RXR longtemps restée sans précurseur alimentaire identifié
La vitamine A regroupe plusieurs composés aux fonctions biologiques distinctes bien décrites, notamment la vitamine A1. Toutefois, aucun véritable précurseur alimentaire n’avait encore été clairement identifié dans la signalisation RXR-dépendante. La vitamine A5 serait impliquée dans l’activation d’un acteur central de la régulation des processus métaboliques et neurologiques : le récepteur nucléaire RXR.
Selon les auteurs de l’étude, le concept de vitamine A5 permet de relier certains caroténoïdes à cette voie de signalisation.
Qu’est-ce que la vitamine A5 ?
Le concept de vitamine A5 a été proposé à partir de 2018, soit plus de 80 ans après l’identification des dernières vitamines connues. Ce terme générique « vitamine A5 » englobe les précurseurs alimentaires (« provitamine A5 »), et le composé biologiquement actif, la « vitamine A5 active » :
- Provitamine A5 : 9-cis-bêta-carotène, 9-cis-13,14-dihydro-β,β-carotène, 9-cis-13,14-dihydrorétinol et esters correspondants
- Vitamine A5 active : acide 9-cis-13,14-dihydrorétinoïque
Action de la vitamine A : voie spécifique de la vitamine A5 et récepteur RXR
Les effets biologiques de la vitamine A dans l’organisme s’exercent selon trois mécanismes :
- Action du rétinal, un composant du pigment rhodopsine indispensable dans le processus visuel.
- Activation du récepteur de l’acide rétinoïque (RAR), impliqué dans des fonctions physiologiques majeures (immunité, développement embryonnaire, différenciation et la prolifération cellulaires, processus biochimiques…).
- Activation du récepteur X des rétinoïdes (RXR) et la signalisation induite par ce récepteur.
Le RXR est partenaire du RAR. Il participe donc à la régulation des effets de la vitamine A, mais aussi à celle de la vitamine D, des hormones thyroïdiennes, des dérivés du cholestérol, des acides gras, etc. Il est considéré comme « le principal interrupteur physiologique », capable de coordonner plusieurs voies de signalisation via des récepteurs nucléaires.
La présence d’un ligand RXR endogène dérivé d’une substance alimentaire est donc essentielle pour contrôler ces cascades de signalisation. La « vitamine A5 » serait impliquée dans cette signalisation RXR, contrairement à la vitamine A1, qui agit via le récepteur RAR.
Où trouver le précurseur 9-cis-β-carotène de la vitamine A5 ?
Les aliments les plus riches en précurseur 9-cis-β-carotène (9CBC) sont les légumes-feuilles, le chou frisé et certains légumes-racines. Les concentrations dans les fruits et légumes varient entre 0,1 et 39 μg/g de poids frais.
La concentration moyenne de 9CBC atteint 0,2 µg/g dans les fruits frais, tandis que celle des légumes est estimée à 4,7 µg/g.
Exemples de légumes riches en 9CBC (exprimé par gramme de poids frais) :
- Épinards : 38,6 μg/g
- Chou frisé : 14,1 μg/g
- Persil : 11,6 μg/g
- Carotte : 6,5 μg/g
- Brocoli : 5,0 μg/g
Une stratégie de supplémentation en vitamine A5 proposée
En 2024, les apports moyens en vitamine A5 chez les adultes européens ayant un mode de vie occidental ont été estimés à 0,9 mg de 9CBC par jour, avec une fourchette allant de 0,5 mg/jour (Autriche) à 1,3 mg/jour (Italie).
Environ les deux tiers de la population européenne auraient des apports faibles, voire insuffisants, en vitamine A5. Ce déficit pourrait être associé à une protection insuffisante de la santé générale du cerveau et des nerfs, selon les auteurs. Les scientifiques proposent ainsi des apports journaliers recommandés en vitamine A5 d’environ 1,1 mg (Bohn et al., 2024).
L’apport de vitamine A5 par la voie alimentaire est à privilégier. Or, les préconisations des organisations nationales et internationales en matière de nutrition et de santé sont mal suivies par la population générale occidentale. Les chercheurs pointent donc la pertinence d’envisager le recours à l’enrichissement des aliments et aux compléments alimentaires pour prévenir les risques de déficit en vitamine A5.
En conclusion, la vitamine A5 n’étant pas encore officiellement reconnue, les scientifiques appellent à une adaptation des définitions de la vitamine A pour pouvoir intégrer ce concept à la famille des vitamines A.
Références
Bohn T, Rohn S, Böhm V, Despotovic M, de Lera AR, Krezel W, Kucuk O, Bánáti D, Rühl R. Vitamin A5: Evidence, Definitions, Gaps, and Future Directions. Nutrients. 2025 Jul 14;17(14):2317. doi: 10.3390/nu17142317.
Bohn T, Despotovic M, Vahid F, Rühl R. Estimated Dietary Intakes of Vitamin A5. Nutrients. 2024 Nov 22;16(23):4004. doi: 10.3390/nu16234004.
New ‘vitamin A5 concept’: a potential role in regulating neurological and metabolic functions
A review published in Nutrients in the summer of 2025 analysed the new ‘vitamin A5 concept’, whose precursors come from food. Proposed as a subcategory within the vitamin A family, this group of micronutrients is thought to play a role in maintaining neurological and metabolic health. The metabolic pathway is thought to act via the RXR nuclear receptor and could provide a mechanistic explanation for the observed link between a Western diet low in fruit and vegetables, particularly leafy vegetables, and the high prevalence of neurological and mental disorders.
An RXR pathway that has long remained without an identified dietary precursor
Vitamin A comprises several compounds with well-described distinct biological functions, including vitamin A1. However, no true dietary precursor had yet been clearly identified in RXR-dependent signalling. Vitamin A5 is thought to be involved in the activation of a central player in the regulation of metabolic and neurological processes: the RXR nuclear receptor.
According to the authors of the study, the concept of vitamin A5 makes it possible to link certain carotenoids to this signalling pathway.
What is vitamin A5?
The concept of vitamin A5 was proposed in 2018, more than 80 years after the last known vitamins were identified. The generic term ‘vitamin A5’ encompasses dietary precursors (‘provitamin A5’) and the biologically active compound, ‘active vitamin A5’:
- Provitamin A5: 9-cis-beta-carotene, 9-cis-13,14-dihydro-β,β-carotene, 9-cis-13,14-dihydroretinol and corresponding esters
- Active vitamin A5: 9-cis-13,14-dihydroretinoic acid
Action of vitamin A: specific pathway of vitamin A5 and RXR receptor
The biological effects of vitamin A in the body are exerted through three mechanisms:
- Action of retinal, a component of the pigment rhodopsin that is essential for the visual process.
- Activation of the retinoic acid receptor (RAR), involved in major physiological functions (immunity, embryonic development, cell differentiation and proliferation, biochemical processes, etc.).
- Activation of the retinoid X receptor (RXR) and the signalling induced by this receptor.
RXR is a partner of RAR. It therefore participates in the regulation of the effects of vitamin A, but also those of vitamin D, thyroid hormones, cholesterol derivatives, fatty acids, etc. It is considered to be ‘the main physiological switch’, capable of coordinating several signalling pathways via nuclear receptors.
The presence of an endogenous RXR ligand derived from a dietary substance is therefore essential for controlling these signalling cascades. Vitamin A5 is thought to be involved in this RXR signalling, unlike vitamin A1, which acts via the RAR receptor.
Where can the precursor 9-cis-β-carotene of vitamin A5 be found?
The foods richest in the precursor 9-cis-β-carotene (9CBC) are leafy vegetables, kale and certain root vegetables. Concentrations in fruit and vegetables vary between 0.1 and 39 μg/g of fresh weight.
The average concentration of 9CBC is 0.2 µg/g in fresh fruit, while that in vegetables is estimated at 4.7 µg/g.
Examples of vegetables rich in 9CBC (expressed per gram of fresh weight):
- Spinach: 38.6 μg/g
- Kale: 14.1 μg/g
- Parsley: 11.6 μg/g
- Carrot: 6.5 μg/g
- Broccoli: 5.0 μg/g
A vitamin A5 supplementation strategy
In 2024, the average vitamin A5 intake among European adults with a Western lifestyle was estimated at 0.9 mg of 9CBC per day, ranging from 0.5 mg/day (Austria) to 1.3 mg/day (Italy).
Approximately two-thirds of the European population is thought to have low or even insufficient vitamin A5 intakes. According to the authors, this deficiency could be associated with insufficient protection of overall brain and nerve health. Scientists therefore recommend a daily intake of approximately 1.1 mg of vitamin A5 (Bohn et al., 2024).
Vitamin A5 intake through food is preferable. However, the recommendations of national and international organisations on nutrition and health are poorly followed by the general Western population. Researchers therefore point to the relevance of considering the use of food fortification and dietary supplements to prevent the risk of vitamin A5 deficiency.
In conclusion, as vitamin A5 is not yet officially recognised, scientists are calling for the definitions of vitamin A to be adapted to include this concept in the vitamin A family.